amincissement: la cuisine récurrente

Cuisiner au quotidien relève parfois du sacerdoce. Trouver des idées pour chaque jour, midi et soir, sans compter les week-ends que l’on tente de rendre plus festifs (particulièrement lorsque l’on reçoit). Dans de nombreuses cuisines, on peut entendre les mêmes interrogations quotidiennes : Que vais-je faire à manger (voire, pour les plus démotivés, bouffer) ? Qu’allons-nous boire avec ce repas ? Vont-ils apprécier ? Un véritable casse-tête pour celui en se charge de ce que l’on appelle la cuisine récurrente.

À cela vient s’ajouter un certain découragement lorsque, alors que des efforts ont été fournis pour offrir un repas qui réjouisse tout le monde, l’entourage ou les convives de la cuisinière (ou du cuisinier) ne prennent pas la peine de remercier, de faire part de leurs impressions gustatives ou, pire encore, lorsqu’il (elle) s’entend dire que ce n’est pas assez relevé, sans saveur particulière, pas assez ou trop cuit etc.

Dans une société où de plus en plus de personnes souffrent d’allergies ou d’intolérances alimentaires, où la malbouffe est devenue quasiment culturelle (rendant les enfants fort difficiles et altérant le sens du goût de nombreux adultes), les mauvaises surprises pour celui qui se charge de la préparation des repas sont encore plus nombreuses qu’auparavant.

La tâche du cuisinier est donc bien ingrate : entre le temps infini passé à faire les courses, préparer, nettoyer la vaisselle, ranger ; le fait de ne pas pouvoir profiter de la convivialité du repas, trop occupé en cuisine à fignoler, réchauffer et servir ; sans compter la fatigue accumulée… Pour finalement ne recevoir que peu (voire pas) de compliments et voir ses convives ou même, tout simplement, son conjoint, ses enfants, avaler rapidement le contenu de leur assiette sans même réellement voir ce qui est dedans, ou pire, la bouder parce que, ce soir, c’est du réchauffé et qu’ils n’apprécient pas de manger la même chose deux fois…

Si vous êtes en charge de ce qui pourrait être un plaisir mais est malheureusement bien souvent une corvée, vous supportez certainement de plus en plus difficilement les reproches faits sur votre cuisine. Ces critiques, parfois véhémentes voire même agressives et vulgaires provoquent en vous de la colère et cette colère est renforcée par votre petite voix intérieure, celle qui vous souffle qu’il n’avait qu’à le faire, ce repas ; qu’au lieu de prendre du temps pour boire un digestif, fumer, lire ou se vautrer dans le canapé, il aurait pu aider… La rage intérieure monte et de véritables « MAUX » en découlent : mauvaise digestion, insomnies, malaises…

Si, par chance, vous avez un peu d’aide, l’enthousiasme est rarement de la partie et les excuses fallacieuses pleuvent pour abréger le coup de main : j’ai des devoirs, un travail à faire, mal au ventre ou encore je suis fatigué, et vous voilà à nouveau seul(e) face à vos corvées.

Si préparer les repas quotidiennement ou une réception de temps en temps met à mal l’imagination du marmiton, le choix des aliments peut également s’avérer source de culpabilité. Excès caloriques, alcools et petits biscuits pour l’apéritif, le « repas plaisir » que l’on souhaite s’accorder en pensant l’avoir bien mérité, comme une récompense pour tous les efforts fournis (que ce soit à la maison ou au restaurant), génère une mauvaise conscience à laquelle il est parfois difficile de faire face. Sans compter toutes les croyances erronées sur l’équilibre alimentaire, sur certains ingrédients ou élixirs et boissons…

Mais le plaisir n’est-il pas aussi éphémère que le temps passé par un aliment dans votre bouche ? Et lorsque vous cédez à l’appel du repas plaisir, pensez-vous à votre cerveau du ventre ? Est-il satisfait ?

Vous objecterez que vous avez quand même besoin de vous faire plaisir. Oui ! Mais trop d’excès nuisent considérablement à votre santé … Il ne faut donc pas attendre que celle-ci se dégrade car la malbouffe est aujourd’hui, responsable de chiffres alarmants. Mieux vaut donc s’en éloigner car il serait utopique de vous imaginer que la fin du monde passera après vous.

Bonne cuisine et bon vin, c’est le paradis sur terre (Henri IV)
Cuisiner suppose une tête légère, un esprit généreux et un cœur large (Paul Gauguin)
La cuisine, c’est quand les choses ont goût de ce qu’elles sont (Curnonsky)

© Michel GUERIN